Combien de langues parle-t-on en Russie ?
Combien de langues sont parlées en Russie ? La réponse pourrait surprendre : la Fédération de Russie recense plus de 100 langues vivantes, ce qui en fait l'un des pays les plus linguistiquement diversifiés au monde. Ces langues sont parlées par environ 190 peuples et groupes ethniques distincts, répartis sur un territoire de 17 millions de kilomètres carrés.
Parmi ces langues, environ une centaine appartiennent à des peuples qui n'ont aucune formation étatique en dehors de la Fédération de Russie. Cela signifie que la Russie est le seul pays au monde où ces langues sont parlées de manière significative. C'est le cas, par exemple, du tchouvache, du mari, de l'oudmourte, du komi, de l'avar, du darguine ou encore du iakoute.
Le russe, langue slave orientale, reste la langue parlée en Russie par la quasi-totalité de la population (environ 99,7 % des habitants la maîtrisent). Cependant, près de 20 % de la population russe parle également une autre langue en complément du russe.
La diversité linguistique de la Russie reflète des siècles d'expansion territoriale et de cohabitation entre des peuples aux origines très variées, des steppes turcophones aux montagnes caucasiennes, en passant par la taïga finno-ougrienne.
Ces langues se répartissent en au moins 14 familles linguistiques majeures, auxquelles s'ajoutent plusieurs langues isolées qui ne sont rattachées à aucune famille connue. Cette richesse exceptionnelle fait de la Russie un véritable laboratoire linguistique à ciel ouvert.
Les familles linguistiques de Russie
Les langues parlées en Russie se regroupent en grandes familles linguistiques, chacune ayant une histoire et une géographie propres. Le tableau ci-dessous présente un panorama complet des principales langues, classées par famille.
| Famille linguistique | Langue | Locuteurs (approx.) | Région principale | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Indo-européenne (slave) | Russe | 137 000 000 | Ensemble du pays | Langue d'État |
| Turque (altaïque) | Tatar | 4 300 000 | Tatarstan | Co-officielle |
| Turque (altaïque) | Bachkir | 1 200 000 | Bachkortastan | Co-officielle |
| Turque (altaïque) | Tchouvache | 1 000 000 | Tchouvachie | Co-officielle |
| Turque (altaïque) | Iakoute (sakha) | 450 000 | Iakoutie (Sakha) | Co-officielle |
| Turque (altaïque) | Koumyk | 430 000 | Daghestan | Co-officielle |
| Turque (altaïque) | Touvain | 280 000 | Touva | Co-officielle |
| Turque (altaïque) | Karatchaï-balkar | 310 000 | Karatchaïevo-Tcherkéssie / Kabardino-Balkarie | Co-officielle |
| Nakh-daghestanienne | Tchétchène | 1 400 000 | Tchétchénie | Co-officielle |
| Nakh-daghestanienne | Avar | 800 000 | Daghestan | Co-officielle |
| Nakh-daghestanienne | Darguine | 500 000 | Daghestan | Co-officielle |
| Nakh-daghestanienne | Lezguien | 400 000 | Daghestan | Co-officielle |
| Nakh-daghestanienne | Ingouche | 300 000 | Ingouchie | Co-officielle |
| Nakh-daghestanienne | Lak | 160 000 | Daghestan | Co-officielle |
| Nakh-daghestanienne | Tabassaran | 130 000 | Daghestan | Co-officielle |
| Abkhazo-adyguéenne | Kabardien (tchérkesse oriental) | 500 000 | Kabardino-Balkarie | Co-officielle |
| Abkhazo-adyguéenne | Adyguéen | 120 000 | Adyguée | Co-officielle |
| Ouralienne (finno-ougrienne) | Mari | 460 000 | Mari El | Co-officielle |
| Ouralienne (finno-ougrienne) | Oudmourte | 340 000 | Oudmourtie | Co-officielle |
| Ouralienne (finno-ougrienne) | Komi | 220 000 | République des Komis | Co-officielle |
| Ouralienne (finno-ougrienne) | Mordve (erzia et mokcha) | 430 000 | Mordovie | Co-officielle |
| Mongole | Bouriate | 370 000 | Bouriatie | Co-officielle |
| Mongole | Kalmouk | 80 000 | Kalmoukie | Co-officielle |
| Toungouse-mandchoue | Évenki | 7 500 | Sibérie orientale | En danger |
| Toungouse-mandchoue | Nanaï | 1 400 | Khaï Kraï | En danger |
| Paléo-asiatique | Tchouktche | 5 000 | Tchoukotka | En danger |
| Ouralienne (samoïède) | Nénètse | 22 000 | Iamalie, Nénétsie | Vulnérable |
| Indo-européenne (iranienne) | Ossète | 500 000 | Ossétie du Nord | Co-officielle |
Ce tableau illustre la richesse des langues de Russie (ou langue Russie au sens large). On y retrouve des langues à plusieurs millions de locuteurs comme le tatar, mais aussi des langues menacées d'extinction comme le nanaï ou le tchouktche.
Les langues turques de Russie
Les langues turques altaïques parlées en Russie constituent la deuxième famille linguistique la plus importante du pays après les langues slaves. On estime à plus de 8 millions le nombre total de locuteurs de langues turques sur le territoire russe.
Le tatar : première langue turque de Russie
Le tatar est la langue turque altaïque parlée en Russie la plus répandue. Avec environ 4,3 millions de locuteurs, c'est aussi la deuxième langue la plus parlée du pays après le russe. Le tatar est la langue officielle de la République du Tatarstan, dont la capitale est Kazan. Il utilise aujourd'hui l'alphabet cyrillique, bien qu'un projet de passage à l'alphabet latin ait été discuté dans les années 2000.
Le bachkir et le tchouvache
Le bachkir est parlé par environ 1,2 million de personnes, principalement dans la République du Bachkortastan. Très proche du tatar, il s'en distingue par des traits phonétiques spécifiques. Le tchouvache, avec environ 1 million de locuteurs dans la République de Tchouvachie, occupe une place unique parmi les langues turques : il est le seul représentant vivant de la branche oghoure et diffère considérablement des autres langues turques.
Le iakoute, le touvain et les autres langues turques
Le iakoute (ou sakha), parlé par 450 000 personnes en Iakoutie (Sibérie orientale), est la langue turque la plus septentrionale au monde. Le touvain, parlé par 280 000 personnes dans la République de Touva, est génétiquement apparenté au mongol par de nombreux emprunts.
Les autres langues turques de Russie comprennent le koumyk (430 000 locuteurs au Daghestan), le karatchaï-balkar (310 000 locuteurs dans le Caucase du Nord), l'altaien (55 000 locuteurs dans la République de l'Altaï), le khakasse (43 000 locuteurs en Khakassie), le nogaien (90 000 locuteurs, dispersés dans le Caucase du Nord) et le chouvache en Sibérie méridionale.
Les langues du Caucase
Le Caucase est souvent qualifié de « montagne des langues » en raison de son extraordinaire diversité linguistique. Cette région concentre deux grandes familles de langues caucasiennes autochtones, auxquelles s'ajoutent des langues turques et iraniennes.
Les langues nakh-daghestaniennes
La langue du Daghestan n'existe pas au singulier : le Daghestan (« pays des montagnes ») est la région linguistiquement la plus diverse de toute la Russie, avec plus de 30 langues pour environ 3 millions d'habitants. Les principales langues nakh-daghestaniennes comprennent :
- Tchétchène : 1,4 million de locuteurs en Tchétchénie, langue nakh parlée également dans la diaspora
- Avar : 800 000 locuteurs, principale langue du Daghestan, servant aussi de lingua franca entre les peuples des montagnes
- Darguine : 500 000 locuteurs, réparti en de nombreux dialectes parfois mutuellement inintelligibles
- Lezguien : 400 000 locuteurs au sud du Daghestan et au nord de l'Azerbaïdjan
- Ingouche : 300 000 locuteurs en Ingouchie, proche du tchétchène
- Lak : 160 000 locuteurs dans les montagnes centrales du Daghestan
- Tabassaran : 130 000 locuteurs, noté pour son système de cas extrêmement complexe (jusqu'à 46 cas grammaticaux)
Les langues abkhazo-adyguéennes
La famille abkhazo-adyguéenne (ou tchérkesse au sens large) comprend le kabardien (tchérkesse oriental, 500 000 locuteurs), l'adyguéen (tchérkesse occidental, 120 000 locuteurs) et l'abaze (environ 35 000 locuteurs). Ces langues se caractérisent par un système consonantique extrêmement riche, pouvant compter jusqu'à 80 consonnes pour seulement 2 ou 3 voyelles.
Les langues ouraliennes
Les langues ouraliennes de Russie se divisent en deux branches principales : les langues finno-ougriennes et les langues samoïèdes.
Les langues finno-ougriennes
Plusieurs peuples finno-ougriens possèdent leur propre république au sein de la Fédération de Russie :
- Mordve (erzia et mokcha) : 430 000 locuteurs en Mordovie. Ce sont en réalité deux langues distinctes, l'erzia et le mokcha, unifiées sous l'appellation « mordve »
- Mari (des collines et des prairies) : 460 000 locuteurs dans la République de Mari El, également divisé en deux variétés littéraires
- Oudmourte : 340 000 locuteurs en Oudmourtie, parenté avec le komi
- Komi (komi-zyriène et komi-permiak) : 220 000 locuteurs dans la République des Komis et le district komi-permiak
- Khante : 13 000 locuteurs dans le district autonome des Khantys-Mansis
- Mansi : 940 locuteurs, étroitement parenté avec le hongrois
Les langues samoïèdes
Les langues samoïèdes sont parlées par des peuples nomades de l'Arctique russe. Le nénètse, avec 22 000 locuteurs, est la mieux préservée grâce au mode de vie nomade de ses locuteurs éleveurs de rennes. Le selkoupe (1 000 locuteurs) et le nganassane (125 locuteurs) sont en grand danger d'extinction.
Les langues mongoles et toungouses
Les langues mongoles
Deux langues mongoles sont parlées en Russie :
- Bouriate : 370 000 locuteurs dans la République de Bouriatie, au sud-est du lac Baïkal. Le bouriate est une langue mongole qui a conservé de nombreux traits archaïques. Il s'écrit en alphabet cyrillique depuis les années 1930.
- Kalmouk : 80 000 locuteurs en Kalmoukie, seul peuple bouddhiste d'Europe. Le kalmouk est l'héritier de la langue des Oïrats, nomades venus de Djoungarie au XVIIe siècle. Il possédait autrefois sa propre écriture, le todo bichig (« écriture claire »).
Les langues toungouses-mandchoues
La famille toungouse-mandchoue est l'une des plus menacées de Russie. Le évenki (7 500 locuteurs) est la plus répandue, parlée à travers une vaste zone de la taïga sibérienne. L'évène (5 700 locuteurs) est parlé en Iakoutie et dans la région de Magadan. Le nanaï (1 400 locuteurs) survit le long de l'Amour, tout comme l'oultche, l'oroque et l'orotche, qui comptent chacun moins de 100 locuteurs.
Les langues en danger en Russie
La situation des langues autochtones de Russie est préoccupante. Selon l'UNESCO, plus de la moitié des langues de Russie sont menacées à divers degrés. L'urbanisation, la mondialisation et la domination du russe dans l'éducation et les médias accélèrent l'érosion linguistique.
Les langues paléo-asiatiques : les plus menacées
Les langues paléo-asiatiques forment un groupe hétérogène de langues parlees dans l'extrême nord-est de la Sibérie. Elles se divisent en plusieurs sous-groupes :
- Langues tchouktko-kamtchatkiennes : tchouktche (5 000 locuteurs), koriak (1 600 locuteurs), itelmen (80 locuteurs), alioutor (quasi éteint)
- Langues eskimo-aléoutes : yupik sibérien (300 locuteurs), aléoute de Russie (moins de 5 locuteurs)
- Langues iénisséiennes : le ket est la seule survivante, avec environ 200 locuteurs. Cette famille autrefois plus vaste couvrait une grande partie de la Sibérie centrale
- Youkaghir : moins de 50 locuteurs pour les deux dialectes restants (youkaghir de la toundra et youkaghir de la forst)
- Nivkhe : langue isolée de l'île de Sakhaline et du bas-Amour, environ 200 locuteurs
Le kérèkhe, langue tchouktko-kamtchatkienne, est considéré comme éteint depuis les années 2000. L'orotche, langue toungouse, ne compte plus que quelques locuteurs âgés. Sans mesures de revitalisation urgentes, des dizaines de langues russes pourraient disparaître d'ici la fin du siècle.
Les systèmes d'écriture : une histoire mouvementee
L'histoire des systèmes d'écriture des langues de Russie est marquée par de nombreux changements. Avant la Révolution de 1917, les peuples musulmans (Tatars, Bachkirs, peuples du Caucase du Nord) utilisaient l'alphabet arabe. Dans les années 1920-1930, une politique de latinisation a été mise en oeuvre : de nombreuses langues ont adopté l'alphabet latin. Puis, à partir de 1937-1940, Staline a imposé le passage à l'alphabet cyrillique pour toutes les langues de l'URSS.
Aujourd'hui, la quasi-totalité des langues de Russie disposant d'une forme écrite utilisent l'alphabet cyrillique, complété par des lettres supplémentaires pour rendre les sons spécifiques à chaque langue.
Statut juridique des langues en Russie
Le statut des langues en Russie est régi par l'article 68 de la Constitution de la Fédération de Russie, qui établit deux principes fondamentaux :
- Le russe est la langue d'État de la Fédération de Russie sur l'ensemble du territoire.
- Les républiques ont le droit d'établir leurs propres langues d'État, utilisées aux côtés du russe dans les institutions de ces républiques.
Ainsi, 37 langues bénéficient d'un statut co-officiel dans différentes républiques : le tatar au Tatarstan, le tchétchène en Tchétchénie, le bouriate en Bouriatie, le iakoute en Iakoutie, etc. Ce statut théorique n'empêche cependant pas la prédominance du russe dans la vie publique.
La loi fédérale de 1991 « Sur les langues des peuples de la Fédération de Russie » garantit le droit de chaque peuple à préserver et développer sa langue maternelle, et interdit toute discrimination linguistique.
En 2018, une réforme controversée a modifié la loi sur l'éducation, rendant l'enseignement des langues régionales facultatif (sur accord des parents) plutôt qu'obligatoire dans les républiques. Cette décision a suscité de vives protestations, notamment au Tatarstan et en Bachkortastan, où elle est perçue comme une menace pour la survie des langues nationales.
Quelle est la deuxième langue la plus parlée en Russie ?
Quelle est la deuxième langue parlée en Russie ? La réponse est claire : c'est le tatar. Avec environ 4,3 millions de locuteurs natifs sur le territoire russe, le tatar devance largement toutes les autres langues minoritaires.
Le tatar appartient à la branche kiptchak des langues turques altaïques. Il est parlé principalement dans la République du Tatarstan (où il est co-officiel avec le russe), mais aussi dans les républiques voisines du Bachkortastan, de Tchouvachie, d'Oudmourtie et dans les oblasts d'Orenbourg, de Tcheliabinsk et d'autres régions de la Volga et de l'Oural.
Après le tatar, les langues les plus parlées en Russie sont :
- Tchétchène : 1,4 million de locuteurs
- Bachkir : 1,2 million de locuteurs
- Tchouvache : 1 million de locuteurs
- Avar : 800 000 locuteurs
Il est intéressant de noter que toutes ces langues (sauf le tchétchène, qui est nakh-daghestanien, et l'avar) sont des langues turques, confirmant la prédominance de cette famille dans le paysage linguistique russe après le slave. Pour en savoir plus sur ce classement, consultez notre article détaillé sur les 15 langues les plus parlées en Russie.
Les langues en danger de disparition en Russie
Parmi les langues parlées en Russie, un nombre alarmant se trouve aujourd'hui au bord de l'extinction. L'Atlas des langues en danger de l'UNESCO classe plus de la moitié des langues autochtones de la Fédération dans les catégories « en danger », « sérieusement en danger » ou « en situation critique ». Cette érosion linguistique, si elle n'est pas propre à la Russie, y prend une ampleur particulière en raison de l'immensité du territoire et de la diversité des familles linguistiques concernées.
Les langues finno-ougriennes : un patrimoine en péril
Les langues finno-ougriennes de Russie figurent parmi les plus menacées. Le vote (ou vepse), parlé par quelques milliers de personnes âgées en Carélie et dans les régions de Leningrad et de Vologda, a vu son nombre de locuteurs chuter de 12 500 en 1989 à moins de 3 700 en 2010. Le live (ou livonien), langue finno-ougrienne autrefois parlée sur les rives du golfe de Riga, ne compte plus aucun locuteur natif en Russie. L'ingrien, langue proche de l'estonien et du finnois, survit avec moins de 200 locuteurs, tous âgés de plus de 60 ans.
Le cas du mordve illustre la complexité de la situation. Cette langue, déclinée en deux variantes principales (erzia et mokcha), comptait encore plus d'un million de locuteurs dans les années 1990. Mais l'urbanisation et la russification progressive ont réduit ce nombre de manière drastique, particulièrement chez les jeunes générations qui ne transmettent plus la langue à leurs enfants.
Les langues sibériennes : les dernières voix de la taïga
La Sibérie orientale et l'Extrême-Orient russe abritent certaines des langues les plus rares de la planète. Le youkaghir, divisé en deux variantes (de la toundra et de la Kolyma), ne compte plus que 50 à 100 locuteurs, principalement des éleveurs de rennes de la République de Sakha. Les linguistes considèrent le youkaghir comme un isolat linguistique, sans parenté établie avec d'autres familles connues, ce qui rend sa disparition particulièrement dommageable pour la science.
Les langues tchouktchi-kamtchatkiennes — le tchouktche (environ 5 000 locuteurs), le koriaque (1 600 locuteurs), l'itelmen (80 locuteurs) et l'aléoute de Russie (moins de 5 locuteurs) — subissent une érosion continue. Le mode de vie traditionnel des peuples du Grand Nord (chasse, pêche, élevage de rennes) qui servait de cadre à la transmission linguistique se désagrège sous la pression de la modernisation et des politiques de sédentarisation.
Parmi les langues toungouses, l'orotche ne compte plus que quelques locuteurs âgés dans le kraï de Khabarovsk, et le néguidale survit à peine avec moins de 75 personnes capables de le parler couramment. L'évène (environ 5 600 locuteurs) et l'évenki (environ 4 800 locuteurs), bien que légèrement mieux préservés grâce à la dispersion géographique de leurs locuteurs sur d'immenses territoires, connaissent également un déclin générationnel marqué.
Les efforts de préservation linguistique
Face à cette hémorragie linguistique, plusieurs initiatives tendent de freiner la disparition des langues autochtones. L'Institut des problèmes des peuples minoritaires du Nord, à Saint-Pétersbourg, forme des enseignants capables de transmettre les langues autochtones dans les écoles des régions concernées. Des projets de documentation linguistique, souvent menés en collaboration avec des universités européennes et américaines, enregistrent les derniers locuteurs des langues les plus menacées.
Le numérique offre des perspectives inédites. Des applications d'apprentissage ont été développées pour le tatar, le bachkir, le iakoute et même le tchouktche. Des chaînes YouTube en langues minoritaires attirent un jeune public soucieux de renouer avec ses racines. Au Tatarstan, des initiatives comme le « Tatar Digital Project » créent des contenus modernes (musique, podcasts, séries web) en tatar, démontrant que la vitalité d'une langue dépend moins du nombre de ses locuteurs que de leur volonté de la faire vivre dans des contextes contemporains.
Néanmoins, les linguistes restent prudents. Sans une politique fédérale volontariste et un soutien financier substantiel, la majorité des langues comptant moins de 1 000 locuteurs pourraient s'éteindre d'ici la fin du siècle. Pour combien de langues en Russie ce pronostic sombre s'applique-t-il ? Les estimations varient entre 40 et 60 langues, soit près de la moitié du patrimoine linguistique de la Fédération. Pour un classement détaillé des langues les plus parlées, consultez notre article sur les 15 langues les plus parlées en Russie.
Articles connexes
Ressources externes
Questions fréquentes sur les langues de Russie
On recense plus de 100 langues vivantes parlées en Fédération de Russie, appartenant à au moins 14 familles linguistiques différentes. Environ 37 de ces langues bénéficient d'un statut officiel dans les républiques constitutives de la Fédération. Cette diversité fait de la Russie l'un des pays les plus multilingues au monde.
La deuxième langue la plus parlée en Russie après le russe est le tatar, une langue turque altaïque. Le tatar compte environ 4,3 millions de locuteurs natifs, principalement dans la République du Tatarstan et les régions voisines de la Volga et de l'Oural.
Les principales langues turques altaïques parlées en Russie sont le tatar (4,3 millions de locuteurs), le bachkir (1,2 million), le tchouvache (1 million), le iakoute (450 000), le koumyk (430 000), le karatchaï-balkar (310 000), le touvain (280 000), le nogaien (90 000), l'altaien (55 000) et le khakasse (43 000).
De nombreuses langues autochtones de Russie sont en danger d'extinction. Parmi les plus menacées : le youkaghir (50 locuteurs), le kérèkhe (quasi éteint), l'orotche (moins de 10 locuteurs), l'aléoute de Russie (moins de 5 locuteurs), le nganassane (125 locuteurs) et l'itelmen (80 locuteurs). Au total, plus de la moitié des langues de Russie sont menacées selon l'UNESCO.
Non. L'article 68 de la Constitution russe établit le russe comme langue d'État de la Fédération, mais accorde aux républiques le droit d'établir leurs propres langues officielles aux côtés du russe. Ainsi, 37 langues possèdent un statut co-officiel dans les différentes républiques de la Fédération.
Le Daghestan est la région linguistiquement la plus diverse de Russie, avec plus de 30 langues parlées pour environ 3 millions d'habitants. Les principales sont l'avar (800 000 locuteurs), le darguine (500 000), le koumyk (430 000), le lezguien (400 000), le lak (160 000) et le tabassaran (130 000). Le russe sert de lingua franca entre les différents groupes ethniques.
Parmi les langues finno-ougriennes de Russie, plusieurs sont gravement menacées : le vote (vepse) avec moins de 3 700 locuteurs, l'ingrien avec moins de 200 locuteurs âgés, et le mordve (erzia et mokcha) dont le nombre de locuteurs chute drastiquement chez les jeunes générations. Le live (livonien) ne compte plus aucun locuteur natif en Russie.
Plusieurs initiatives existent : l'Institut des problèmes des peuples minoritaires du Nord forme des enseignants en langues autochtones, des projets de documentation enregistrent les derniers locuteurs, et des applications numériques ont été développées pour le tatar, le bachkir et le iakoute. Au Tatarstan, le « Tatar Digital Project » crée des contenus modernes (podcasts, séries web) en tatar.
Les linguistes estiment qu'entre 40 et 60 langues de Russie pourraient s'éteindre d'ici la fin du XXIe siècle, soit près de la moitié du patrimoine linguistique de la Fédération. Les langues les plus menacées sont celles comptant moins de 1 000 locuteurs, principalement en Sibérie orientale, dans l'Extrême-Orient et dans certaines régions finno-ougriennes du nord-ouest.